Jerez : la curva jorge lorenzo, un point de bascule pour le motogp

Les murs de la courbe 13 au circuit d’Estoril hurlent de douleur. Ici, pas besoin de mots. Suffit de sentir l’odeur de la gomme brûlée et d’entendre le grondement des échappements qui déchirent l’air à chaque dépassement. On parle, bien sûr, de la courbe Jorge Lorenzo, un véritable piège mortel où la victoire et la catastrophe se côtoient à quelques centimètres de la ligne rouge.

L’épilogue de 2013 : un accident qui a marqué l’histoire

Depuis 2013, année du 26ème anniversaire du circuit, et la décision de baptiser cette portion de piste en l’honneur du quintuple champion du monde, Jorge Lorenzo, la courbe est devenue le théâtre de moments cruciaux. Le 22 mai 2013, Lorenzo et Márquez s'y sont croisés dans une collision spectaculaire, un duel mémorable qui rappela les affrontements acharnés des années 90, avec les duels Doohan-Crivillé ou Rossi-Gibernau. Un contact brut, une fin de course tragique, un instantané de la tension extrême qui règne à Jerez.

« C’est là que l’on gagne ou que l’on perd les courses. Il n’y a pas de compromis », disait lui-même Lorenzo, lors de ses visites régulières sur ce circuit emblématique. Une phrase qui résume parfaitement l’atmosphère qui émane de cette zone.

Entrer en tête à la 13 ne garantit pas la victoire. Mais franchir cette chicane avec un avantage est une invitation au chaos. La mística de la courbe 13 va bien au-delà de sa géométrie. C'est le point culminant d’une bataille de vingt tours, où la logique s’effrite et les nerfs se déchirent. D'un point de vue purement physique, il s’agit d’un virage de type garrote, une frenée asymétrique imposée par l'accélération courte mais intense venant de la courbe 12, où la moto n'est pas encore complètement stabilisée. La difficulté réside dans ce virage à basse vitesse, qui exige de sacrifier un peu de vitesse en entrée pour obtenir une sortie propre vers la ligne d’arrivée. Mais lorsque l’on mise sur une position dans les derniers tours, cette théorie est balayée par le facteur block pass, ou dépassement par blocage.

Une pression psychologique extrême

Une pression psychologique extrême

La courbe Jorge Lorenzo est également un véritable aimant à désespoir et à gloire. Le pilote qui se trouve en deuxième position ressent une pression intense, une tentation de tenter le tout pour le tout, même lorsque le écart est minimal. Le circuit d’Estoril, avec ses gradins qui créent une ambiance de colisée romain, amplifie cet effet. Les pilotes perçoivent cette atmosphère à travers leurs casques, au-dessus du rugissement des moteurs.

L’héritage historique qui pèse sur cet asphalte est immense. Le duel Doohan-Crivillé en 1996, le clash Rossi-Gibernau en 2005, et bien sûr, la collision Lorenzo-Márquez en 2013, qui a scellé la légende de ce lieu. Un endroit où la moindre erreur peut coûter une course, voire une saison.

Marc Márquez et Alex Rins, lors de leur victoire au sprint à Jerez, EFE. La performance de Márquez à Jerez, en 2023, est un rappel de la capacité des pilotes à maîtriser cette courbe exigeante. L’année dernière, il a plié la course sur cette portion de piste, démontrant une maîtrise impressionnante.

Il n’y a pas de place pour l’indulgence. La courbe Jorge Lorenzo est un test de caractère, de courage, et d’instinct. C’est là, sur ce circuit, que le motocross se révèle vraiment.